La Phobie de l'Invasion Culturelle
par Tarek Heggy



Durant les quarante dernières années, une peur sans fondement d'une invasion culturelle s'est emparée et a imprégné les idées de beaucoup de membres de notre société. Depuis les années 1980, avec la fin de la division distincte entre le bloc « Est » et le bloc « Ouest » et l'apparition de la mondialisation, la question de ce qu'on appelle la « globalisation culturelle » a été largement discutée ici, exprimant la crainte que cette culture mondiale ne submerge notre spécificité culturelle. J ‘ai beaucoup écrit à propos de cette question, et ai insiste à maintes reprises que seul ceux ayant une réserve modeste de spécificité culturelle sont ainsi menacés ; des pays ayant un legs de spécificité culturelle vaste et cumulatif comme le nôtre, et dont l'identité culturelle est entrelacée avec des facteurs historiques et géographiques, ont peu à craindre : comme les Japonais, notre spécificité culturelle est trop profondément établie pour vaciller. Ceux qui décrivent les Japonais comme un peuple ayant été culturellement envahi par des influences extérieures ne citent que des phénomènes sans conséquence et culturellement insignifiants, comme manger du « fast food » Américain, ou s'habiller dans un style Américain ; cependant, les relations humaines, la vénération des aînés, les liens familiaux solides, et le dévouement au travail quintessenciel à la culture Japonaise, sont tous restés inchangés pendant les soixante dernières années durant lesquelles le Japon fut activement et incroyablement exposé aux transactions avec l'Occident.

 

Cependant, tandis que certains se soucient de notre capacité de maintenir notre spécificité culturelle face à la vague de la mondialisation qui envahit le monde, la question du progrès est une tout autre affaire. Les principes et les valeurs sous-jacents au progrès sont parfaitement en accord avec les principes sur lesquels nos spécificités culturelles sont basées : nul ne peut prétendre que les croyances fondamentales des Egyptiens, Arabes, Musulmans et Coptes contredisent des concepts tels que la valeur du temps, le dévouement au travail, la nature globale de la connaissance, le travail d'équipe, la culture des systèmes et des individuels, et une ferme conviction que la gestion est un outil indispensable à l'accomplissement de la réussite. En effet, j'aurais pensé que plusieurs d'entre nous prévaudraient que ces principes furent implicites dans notre histoire pendant des centaines d'années, avant même qu'ils ne deviennent le pilier de la civilisation humaine de nos jours. On penserait que ce que je dis s'appliquerait à la plupart des valeurs quintessencielles au progrès, mais serait difficile dans le cas du pluralisme, car certains croient que la pensée religieuse Musulmane est basée sur un modèle de vérité pure et absolue ; ceci, d'après moi, est une idée gravement fausse, car il existe plusieurs textes dans le Coran qui soutiennent le pluralisme, le plus important étant peut-être le texte qui signale que si Dieu voulait que tout le monde suive une seule religion, Il en aurait fait ainsi. La Sunna (tradition du Prophète Mohamed) abonde aussi de textes qui fournissent d'amples preuves que le pluralisme est une réalité inévitable.

 

Il serait bien étrange de supposer l'existence d'un conflit entre nos spécificités culturelles et les valeurs telles que le respect du temps ou le dévouement au travail ; une telle supposition propage tout simplement des idées primitives et rétrogrades. En effet, s'il fallait une plus grande preuve que les valeurs du progrès ne sont pas en conflit avec nos spécificités culturelles, il suffirait de noter que de telles valeurs fleurirent en Egypte durant le siècle passé, et ne diminuèrent que plus tard lorsque ce que certains nomment « la désintégration de la société Egyptienne » eut lieu.

 

Je me souviens que dans les années 1980, lorsque je travaillais pour une entité progressive d'une manière des plus spectaculaires au sud-est de l'Asie, il était généralement maintenu par la majorité des institutions économiques de la région qu'il y avait deux forces de travail distinctes, la chinoise et la malaise ; la croyance qui régnait était que pour que le travail soit bien exécuté et de manière efficace, il était préférable de compter sur les Chinois qui étaient réputés pour leur dévouement au travail, leur bon travail d'équipe et leur forte éthique de travail. Les Malais (qui étaient Musulmans) étaient, par contre, réputés pour être paresseux, fainéants incompétents, sans aucun respect pour l'éthique du travail. Cette croyance régnait jusqu'à ce qu'un homme prit la direction d'un pays où plus de soixante-dix pour cent des habitants étaient de la dénomination classifiée comme inefficace et de réussite improbable. Ce pays était la Malaisie où la population est principalement Musulmane. Ce chef fut capable d'accomplir un miracle, conduisant son pays aux niveaux de distinction les plus élevés dans tous les domaines, ce qui fait qu'en l'espace de moins de vingt ans, toutes les valeurs du progrès se manifestèrent dans ce pays qui se vautrait auparavant dans une bourbe de paresse, d'inefficacité et de retard. Le monde découvrit ainsi deux grandes vérités :

 

- Premièrement, que le retard n'est pas du à des facteurs biologiques inaltérables, mais plutôt à des circonstances qui, si changées, peuvent complètement inverser la situation.

 

- Deuxièmement, le progrès peut être planté et fleurir dans des environnements Chrétiens, Bouddhistes, ou Musulmans, et n'est exclusif à personne.

 

Cela vaut la peine de noter que toutes les spécificités culturelles Malaises afférentes aux relations humaines, liens familiaux, et valeurs religieuses demeurèrent inchangées dans ce siècle de progrès, et ne diminuèrent nullement. A ceux qui se hasardent à dire que le progrès fut entraîné par la minorité Chinoise du pays, je répondrais tout simplement que si cela était vrai, ça prouverait que le progrès pourrait être contagieux, ce qui n'est en fait pas du tout une mauvaise chose, bien que réfuter cette théorie dans le cas de la Malaisie en particulier serait facile, pour la simple raison que la minorité Chinoise a toujours existé en Malaisie – ce qui manquait, c'était l'homme qui avait la prévoyance et l'initiative d'apporter ces changements : Mahathir Mohamed.